ARTS VISUELS / COMMUNICATION DES ORGANISMES ARTISTIQUES 2019-2026

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Marchez-vous sur les frontiĂšres ou Ă  l’intĂ©rieur d’une idĂ©e ?

 

 

iosonovulnerabile repose sur trois concepts interconnectés - Organismes Artistiques Communicants, Corps-Au-Delà-de-la-MatiÚre, Tissu-Trame-Cosmique - qui construisent ensemble un langage capable de traverser l'art, la philosophie et la condition humaine.

Organismes Artistiques Communicants (OAC)

Les 'Organismes-Artistiques-Communicants (OAC)' reprĂ©sentent le cƓur battant du projet 'iosonovulnerabile'. Ils incarnent une nouvelle conception des dispositifs artistiques contemporains : non plus un objet fixe ou un symbole statique, mais un processus dynamique, en perpĂ©tuelle interaction avec la vie et la rĂ©alitĂ© environnante. Les OAC s'inspirent d'une tradition qui embrasse diffĂ©rentes Ă©poques artistiques et philosophiques, fusionnant existentialisme, phĂ©nomĂ©nologie et avant-gardes comme le dadaĂŻsme et le surrĂ©alisme.

Pour l'OAC, l'art est un organisme vivant : il respire, grandit, se transforme et, inévitablement, se détériore. Ici résonne la pensée de philosophes comme Henri Bergson et Gilles Deleuze, pour qui la vie et le temps sont des flux insaisissables, résistants à la fixation. Comme le concept de durée d'Henri Bergson, qui décrit le temps comme un flux indivisible d'expériences et de transformations, les OAC libÚrent l'art de la staticité, embrassant le changement continu.

Les OAC se connectent Ă  la phĂ©nomĂ©nologie de Maurice Merleau-Ponty, oĂč l'expĂ©rience esthĂ©tique est une interaction entre le sujet et le monde. Ils ne se limitent pas Ă  ĂȘtre contemplĂ©s, mais exigent une participation active, impliquant le spectateur tant physiquement que mentalement - le corps non pas comme un objet parmi d'autres, mais comme le moyen par lequel le monde se rĂ©vĂšle.

La forme des OAC est fluide, toujours en mutation, dĂ©fiant l'idĂ©e traditionnelle de l'art comme recherche de perfection et de permanence. Leur transformation, soumise Ă  des processus naturels, Ă©voque l'entropie, un concept cher Ă  l'Arte Povera et Ă  l'art conceptuel des annĂ©es 1960 et 1970 : des Ɠuvres comme celles de Joseph Beuys et Piero Manzoni trouvent ici un Ă©cho, oĂč l'art n'est jamais complĂštement dĂ©fini, mais soumis Ă  un devenir continu.

Le conflit et la tension caractérisent les OAC, qui incarnent une dialectique entre forces opposées : but et accident, esthétique et éthique, passé et présent. En cela, ils rappellent les théories de Theodor W. Adorno, pour qui l'art est une force négative qui révÚle les contradictions de la réalité. Les OAC n'offrent pas de réponses définitives, mais ouvrent des espaces de réflexion critique, exposant l'ambiguïté de l'expérience humaine.

Dans leur dynamisme, les OAC transcendent les symboliques conventionnelles pour devenir des mĂ©diums relationnels, rappelant l'art relationnel de Nicolas Bourriaud, dans lequel l'Ɠuvre est un lieu d'interaction plutĂŽt qu'un objet achevĂ©. Leur expĂ©rience se construit dans le dialogue avec le spectateur, dans un processus de co-crĂ©ation qui dissout les frontiĂšres entre l'art et la vie.

Corps-Au-DelĂ -de-la-MatiĂšre

Le concept de 'Corps-Au-Delà-de-la-MatiÚre' explore la complexité du corps humain, dépassant sa matérialité pour réfléchir sur sa vulnérabilité, son intimité et sa capacité à communiquer au-delà des frontiÚres physiques. Dans un monde dominé par la virtualité et la consommation, le corps est redécouvert comme un carrefour de dynamiques physiques, émotionnelles et spirituelles.

À la base de ce concept se trouve l'idĂ©e que le corps n'est pas un simple objet physique, mais une entitĂ© en transformation continue. Des philosophes comme Jean-Luc Nancy nous offrent une clĂ© pour comprendre cette vision : pour Nancy, le corps est un champ de forces qui traverse les frontiĂšres entre l'intĂ©rieur et l'extĂ©rieur, entre soi et l'autre - une entitĂ© relationnelle, en dialogue constant avec le monde.

La vulnĂ©rabilitĂ© est ici vue comme une force, non comme une faiblesse : elle est ouverture, disponibilitĂ© Ă  ĂȘtre modifiĂ© par la rencontre avec l'autre. Le corps devient un mĂ©dium de communication, un lieu d'interaction, jamais statique mais en Ă©volution continue - rappelant les pratiques artistiques qui utilisent le corps comme instrument d'exploration, oĂč l'art devient expĂ©rience incarnĂ©e.

Le 'Corps-Au-Delà-de-la-MatiÚre' s'étend à travers l'e-motion, comprise comme mouvement vers l'autre. Les émotions ne sont pas seulement intérieures, mais des expériences partagées qui relient les corps : le corps, en ce sens, est un champ de possibilités, un lieu de rencontre entre le dedans et le dehors, entre le matériel et l'immatériel.

Tissu-Trame-Cosmique

'Tissu-Trame-Cosmique' est un concept qui évoque une vision de l'univers comme un réseau interconnecté d'éléments en mouvement et transformation constants. Dans ce monde, les différences entre nature et culture, matiÚre et esprit, ordre et chaos s'entrelacent, créant de nouvelles formes d'existence.

S'inspirant de penseurs comme Friedrich Nietzsche et Bruno Latour, le 'Tissu-Trame-Cosmique' propose une vision du monde comme une entitĂ© complexe et interdĂ©pendante. L'artiste, loin de l'idĂ©e de dispositifs artistiques finis, explore les tensions et les conflits de la rĂ©alitĂ©, utilisant des matĂ©riaux qui reflĂštent la transitoritĂ© de la vie : la ruine n'est pas seulement un signe de dĂ©cadence, mais un processus crĂ©atif. L'art devient un champ de forces oĂč la matiĂšre et l'esprit se rencontrent, gĂ©nĂ©rant de nouvelles formes - un tissu vivant qui se nourrit de contradictions, maintenant les diffĂ©rences en tension, crĂ©ant une expĂ©rience 'esthĂ©tique-de-la-convergence'.

Le 'Tissu-Trame-Cosmique' se configure Ă©galement comme un processus de rĂ©appropriation du rĂ©el : l'art comme moyen de renouveler notre rapport au monde, offrant une expĂ©rience authentique qui implique le corps et l'esprit. À une Ă©poque de formes fixes et consommables, il rĂ©affirme la valeur de l'inachĂšvement et de la convergence comme Ă©lĂ©ments fondamentaux pour la crĂ©ation artistique et la comprĂ©hension du monde.

Un langage commun

Ces trois concepts — Organismes Artistiques Communicants, Corps-Au-DelĂ -de-la-MatiĂšre et Tissu-Trame-Cosmique - ne sont pas isolĂ©s, mais interconnectĂ©s, formant un langage complexe qui parle de notre condition humaine dans toute sa vulnĂ©rabilitĂ© et sa force. Ils nous invitent Ă  rĂ©flĂ©chir sur notre existence, nos relations et notre place dans l'univers, offrant un espace pour la contemplation, la dĂ©couverte et la transformation.

À une Ă©poque oĂč l'art se fragmente souvent en formes et styles qui risquent de perdre le contact avec la rĂ©alitĂ© la plus profonde, 'iosonovulnerabile' se prĂ©sente comme un projet qui rĂ©affirme la nĂ©cessitĂ© d'explorer des thĂšmes universels et de transmettre ces langages et concepts aux gĂ©nĂ©rations futures. C'est une invitation Ă  ne jamais cesser de s'interroger, de chercher, de crĂ©er, car c'est seulement Ă  travers ce processus que nous pouvons vĂ©ritablement comprendre et embrasser notre vulnĂ©rabilitĂ© et, en mĂȘme temps, notre capacitĂ© Ă  transformer le monde.

Le parcours d'exposition de 'iosonovulnerabile' s'entrelace avec une histoire expositionnelle beaucoup plus large, qui depuis 2020 a amené l'artiste dans des galeries, des musées et des festivals en Italie et à l'étranger.

Le parcours de 'iosonovulnerabile'

Lieu Ville Période
Villa Altieri – Palazzo della Cultura e della Memoria Storica Rome, Italie 6 dĂ©cembre 2024 – 23 fĂ©vrier 2025
Institut Italien de Culture de Paris Paris, France 3 septembre – 29 novembre 2024
Ancienne Prison Pontificale de Velletri Velletri, Italie 30 septembre 2023 – 30 janvier 2024

Historique expositionnel général

Titre Organisation Lieu Ville Période
VIII Rome Art WeekAssociation Culturelle KOUStudio SMIRRome, Italie23–28 octobre 2023
XVIII Festival de la SociologieCommune de Narni / Association MinervaAuditorium M. Bortolotti – Complexe San DomenicoNarni, Italie6–8 octobre 2023
Biennale AnthropocùneVittorio PavoncelloScoglio di Quarto Art SpaceMilan, Italie19 septembre – 2 octobre 2023
XVIII Tracce – La PoĂ©sie de l'EauCommune de Narni / Association MinervaAuditorium M. Bortolotti – Complexe San DomenicoNarni, Italie25 avril – 14 mai 2023
III Hanami – Imagination DurableAcadĂ©mie des Beaux-Arts de RomeJardin BotaniqueRome, Italie15–16 avril 2023
AnthropocÚneAssociation Culturelle Azioni d'ArteMusée d'Art ContemporainGuarcino, Italie22 octobre 2022
VII Rome Art WeekAssociation Culturelle KOUStudio SMIRRome, Italie29–30 octobre 2022
V Artes – MĂ©moires SĂ©dimentĂ©esArtes APSGalerie Febo e DafneTurin, Italie8–15 octobre 2022
Imagination Durable entre Art et NatureRĂ©gion Lombardie / Commune de MonzaJardin des Serres de la Villa RoyaleMonza, Italie2–16 octobre 2022
Portraits en ScĂšne – L'Art en MouvementAssociation Settimo CieloVallĂ©e de l'Aniene / Piazza Marano EquoSubiaco / Marano Equo, Italie25 juin 2022
Paysages – ExpĂ©rience pour Toile et PartitionAssociation Settimo CieloChĂąteau BrancaccioRoviano, Italie12 juin – 9 septembre 2022
White CarraraEU4ART / AcadĂ©mie des Beaux-Arts de Rome et de CarrarePiazza Antonio GramsciCarrara, Italie6–17 juin 2022
Biennale AnthropocùneArt G.A.P. GalleryRomeRome, Italie7–31 mai 2022
Siùges ImpossiblesFloracultCasali del Pino – FendiRome, Italie23–25 avril 2022
II Hanami – Imagination DurableAcadĂ©mie des Beaux-Arts de RomeJardin BotaniqueRome, Italie8–10 avril 2022
Autre DimensionSingulartSingulArt GalleryParis, France3 mars 2022
Ex Tempore Before XmasCommune d'IserniaCloĂźtre de San FrancescoIsernia, Italie18–23 dĂ©cembre 2021
XXVI SaturarteSaturaPalazzo StellaGĂȘnes, Italie11–22 dĂ©cembre 2021
Beyond TimeCircuiti DinamiciEspaces d'ExpositionMilan, Italie21 novembre – 9 dĂ©cembre 2021
VI Rome Art WeekAssociation Culturelle KOUStudio SMIRRome, Italie29–30 octobre 2021
DecontestContestecoCentre Commercial Europe 2Rome, Italiemars–septembre 2021
MyroomsMyRoomMyRoomPalerme, Italie6–19 mars 2021
Radici Art CompetitionCommune de San Giuliano MilaneseSalle d'Exposition Mario Tapia RadicSan Giuliano Milanese, Italie18 fĂ©vrier – 4 mars 2021
XXXII Porticato GaetanoAssociation NovecentoPinacothùque de GaùteGaùte, Italie30 janvier – 31 mars 2021
Paysages HumainsAssociation AlaudaAncienne Mairie d'AdelfiaBari, Italie13 dĂ©cembre 2020 – 17 janvier 2021
New NormalSingulartSingulArt GalleryParis, France12 décembre 2020
XXV SaturarteSaturaPalazzo StellaGĂȘnes, Italie12–23 dĂ©cembre 2020
What is ArtBloomer GalleryBloomer GalleryLondres, Royaume-Uni4–10 dĂ©cembre 2020
The Looking Glass and Behind ItInstitut Italien de Culture de Saint-PĂ©tersbourg / MISPMusĂ©e MISPSaint-PĂ©tersbourg, Russie11 novembre 2020 – 14 fĂ©vrier 2021
Motion in ArtSingulartSingulArt GalleryParis, France23 octobre 2020
V Rome Art WeekAssociation Culturelle KOUStudio SMIRRome, Italie26–31 octobre 2020
Emirates Art ConnectionFahidi Cultural CentreAkaas Visual Artists GroupDubaï, EAU19–24 octobre 2020
Emirates Art ConnectionMinistùre de la Culture d'Umm Al QuwainCentre CulturelUmm Al Quwain, EAU13–17 octobre 2020
Let's Do ItMcLuc CultureCentre HistoriqueParme, Italie19 octobre – 7 novembre 2020
Let's Do ItAssociation Distretto ADistrict Artistique de FaenzaFaenza, Italie10–24 octobre 2020
IV Artes – Flux et Au-delàArtes APSPalazzo BiragoTurin, Italie10–16 octobre 2020
III Prix Mestre de PeintureAssociation Circolo VenetoCentre CandianiMestre, Italie19 septembre – 18 octobre 2020
Domani in ArteGalerie d'Art Moderne de RomeGalerie d'Art ModerneRome, Italie28 juillet – 1 novembre 2020
100 Peintres au Palazzo FaniACTAS TuscaniaPalazzo FaniTuscania, Italie16–28 juillet 2020
L'Arche de NoĂ©exfabbricadellebamboleAncienne Fabrique de PoupĂ©esMilan, Italie16 mai – 19 septembre 2020
VIII Roma OspitaLa Scala d'OroÉglise VaudoiseRome, Italie15 fĂ©vrier – 30 mai 2020

AbandonnĂ©e de Velletri. Pour les hommes qui construisent des carriĂšres et considĂšrent leur empreinte dans le monde, cette histoire offre quelque chose qui mĂ©rite d'ĂȘtre examinĂ© : que se passe-t-il lorsque la force crĂ©ative rencontre la dĂ©cadence institutionnelle, et comment faire face Ă  la vulnĂ©rabilitĂ© devient un acte de leadership.

Le Festival of Cinema NYC ne distribue pas les reconnaissances à la légÚre. Soutenu par le National Endowment for the Arts, le New York State Council on the Arts et le New York City Department of Cultural Affairs, il représente une sérieuse validation culturelle. Le fait que le film né en prison du réalisateur Sergio Mario Illuminato ait obtenu cette reconnaissance suggÚre que les institutions culturelles américaines reconnaissent quelque chose de profond dans son approche des structures de pouvoir abandonnées.

Quand l'Autorité Papale Devient Toile Artistique

L'ancienne Prison Pontificale de Velletri, Ă  40 kilomĂštres au sud-est de Rome, incarne le pouvoir institutionnel sous forme physique. Construite au XIXe siĂšcle sous l'autoritĂ© papale, lorsque l'Église Catholique gouvernait l'Italie centrale, cette imposante structure servait Ă  la fois de tribunal et de centre de dĂ©tention pour les États Pontificaux. Pendant plus d'un siĂšcle, elle a accueilli des prisonniers, Ă©tĂ© tĂ©moin de procĂšs et incarnĂ© le systĂšme judiciaire d'une Ă©poque rĂ©volue.

FermĂ©e dans les annĂ©es 1990 alors que l'Italie modernisait son systĂšme pĂ©nal, le bĂątiment est restĂ© vide pendant trois dĂ©cennies. En 2023, face Ă  la dĂ©molition, il semblait vouĂ© Ă  ĂȘtre effacĂ© de l'histoire. Ce qui suivit offre une Ă©tude de cas convaincante sur la façon dont les espaces conçus pour le contrĂŽle et la punition peuvent devenir des laboratoires d'expression crĂ©ative.

Des transformations similaires ont eu lieu sur tous les continents. L'Eastern State Penitentiary de Philadelphie accueille dĂ©sormais des installations site-specific abordant les thĂšmes de l'incarcĂ©ration et de la justice. L'Ăźle d'Alcatraz attire plus d'1,4 million de visiteurs par an pour voir des expositions d'art explorant l'histoire stratifiĂ©e de la prison. Ces espaces partagent quelque chose de crucial : ils dĂ©montrent comment les lieux construits pour contenir et contrĂŽler peuvent devenir des plateformes pour examiner le pouvoir lui-mĂȘme.

Les Artistes Entrent dans le Vide

Avant que la démolition puisse avoir lieu, des peintres, photographes, danseurs et musiciens ont revendiqué la prison de Velletri comme leur demeure temporaire. Pendant six mois, ils ont habité des cellules en décrépitude et des couloirs sombres, transformant chaque recoin en laboratoire créatif. Cet acte d'appropriation a du poids : en prenant le contrÎle d'un site construit pour confiner, ces artistes ont inversé la vocation originelle du bùtiment.

Le groupe comprenait les chorégraphes Patrizia Cavola et Ivan Truol de la Compagnia Atacama, les photographes Federico Marchi et Roberto Biagiotti, ainsi que les sound designers Andrea Moscianese et Davide Palmiotto. Leur travail collaboratif est devenu à la fois performance et documentation, créant ce qui allait devenir VULNERARE.

Cette approche des espaces institutionnels abandonnĂ©s reflĂšte un changement culturel plus large. À la Fremantle Prison en Australie, l'art extensif des dĂ©tenus couvrant 136 ans d'exploitation offre des aperçus sur les expĂ©riences des prisonniers et l'expression culturelle. Ces exemples suggĂšrent que le travail crĂ©atif dans d'anciens sites de dĂ©tention remplit un but plus profond que le simple spectacle : il redĂ©finit notre comprĂ©hension du pouvoir, de la mĂ©moire et de la rĂ©silience humaine.

L'Approche du Film : Cinéma de Seuil

La mĂ©thodologie d'Illuminato, qu'il appelle "THRESHOLD CINEMA", capture l'authenticitĂ© Ă  travers l'improvisation et la spontanĂ©itĂ©. Pas de script, seulement la vie qui se dĂ©roule. Cette approche produit ce qu'il dĂ©finit comme des "Organismes Artistiques Communicants" – des Ɠuvres vivantes qui changent et se transforment sous les yeux du spectateur.

Le langage visuel du film passe des images en noir et blanc du passé carcéral aux explosions de couleur représentant la renaissance. Les danseurs se produisent dans des cellules claustrophobiques, les transformant en scÚnes de liberté. La bande sonore guide les spectateurs du drame carcéral vers la possibilité créative.

L'historien des médias Bruno di Marino note comment "murs, sols, plafonds deviennent entailles, blessures, failles. Gestes chorégraphiques et matiÚre picturale se fondent en une unique partition visuelle grùce au montage chirurgical et aux jeux de lumiÚre."

Pourquoi Cela Parle aux Hommes d'Influence

La recherche contemporaine sur le leadership reconnaßt de plus en plus la vulnérabilité comme une force centrale plutÎt qu'une faiblesse. Les leaders qui embrassent la vulnérabilité construisent la confiance, favorisent des connexions authentiques et créent des environnements collaboratifs.

Le projet VULNERARE incarne ce principe sous forme physique. Illuminato dĂ©crit la prison comme "une cathĂ©drale contemporaine de la vulnĂ©rabilitĂ©" oĂč l'art exprime la renaissance. La vulnĂ©rabilitĂ© devient ainsi une structure interprĂ©tative du pouvoir.

Des Blessures à la Beauté

Le film se clÎt sur des mots gravés sur un mur : "Vulnérable donc vivant, l'art c'est aimer la réalité". Caché dans la piste audio, un message apparaßt en code Morse : IAMVULNERABLE. Reconnaßtre la vulnérabilité ne signifie pas faiblesse, mais présence.

Comme le dit une autre inscription murale : "Les coupures sur la peau ne sont pas une illusion, elles ne guérissent plus." Les marques deviennent art précisément parce qu'elles sont reconnues.

VULNERARE porte la voix de l'Italie en Amérique, montrant ce qui se passe lorsque les blessures deviennent possibilité générative. Entrer dans les espaces abandonnés, c'est redonner voix à ce qui avait été effacé.

Il existe trois niveaux de reprĂ©sentation qui s'entrelacent dans Vulnerare, trois niveaux qui en gĂ©nĂšrent ensuite — dans son dĂ©roulement — autant d'autres, convoquant dans l'esprit du spectateur suggestions et Ă©motions.

Le premier est celui du lieu : une prison dĂ©saffectĂ©e en l'occurrence, mĂȘme si le cadre renvoie Ă  un genre presque transversal de l'audiovisuel — la remise en scĂšne d'espaces dĂ©mantelĂ©s et dĂ©labrĂ©s qui Ă©voquent un passĂ© plus ou moins rĂ©cent et respirent des souvenirs plus ou moins douloureux (des pĂ©nitenciers bourboniens aux hĂŽpitaux psychiatriques d'avant Basaglia, mais cette longue liste comprend aussi les discothĂšques des annĂ©es 1980).

Le deuxiÚme niveau est performatif : la danse devient dans certains cas le moyen de se réapproprier ces lieux, leur restituant symboliquement la vie.

Le troisiĂšme niveau est constituĂ© par l'insertion de certaines Ɠuvres — rĂ©alisĂ©es par l'artiste-cinĂ©aste lui-mĂȘme — dans l'espace explorĂ© par la camĂ©ra : des tableaux abstraits qui, placĂ©s dans les cellules ayant accueilli les dĂ©tenus, transforment le lieu en une sorte de musĂ©e, le chargeant de significations supplĂ©mentaires, tout en Ă©tant eux-mĂȘmes investis de significations inĂ©dites grĂące Ă  l'espace dans lequel ils s'insĂšrent parfaitement, comme pour s'y camoufler.

L'intention de Vulnerare est de fusionner art visuel, danse et cinĂ©ma, avec l'ajout d'un commentaire sonore d'une grande efficacitĂ© oĂč la musique se fait bruit et le bruit se fait musique (signĂ© Andrea Moscianese). Mais aussi de construire un rĂ©cit possible, auquel contribuent les inscriptions de ceux qui ont vĂ©cu ici pendant des annĂ©es, enfermĂ©s entre ces murs, les objets, les dossiers judiciaires renvoyant Ă  une bureaucratie kafkaĂŻenne, les plantes qui ont surgi Ă  travers le bĂ©ton en reprenant ce qui leur avait Ă©tĂ© pris — et enfin toutes les traces et tĂ©moignages possibles d'une dimension temporelle qui continue de rĂ©verbĂ©rer dans le vide dĂ©solĂ©.

Avant le générique de fin, un carton nous informe que la prison dans laquelle nous sommes entrés est celle pontificale de Velletri, mais c'est une information qui n'ajoute pas grand-chose à notre vision. Ce qui demeure, ce sont les surfaces que le regard d'Illuminato nous permet de percevoir presque tactilement.

Murs, sols, plafonds, portes, fenĂȘtres qui deviennent entailles, blessures, failles, cĂ©sures, tandis que les gestes chorĂ©graphiques — qui s'inscrivent dans cette gĂ©omĂ©trie de pleins et de vides architecturaux — et la matiĂšre picturale sur les toiles, accrochĂ©es ou appuyĂ©es aux murs au milieu des dĂ©combres, deviennent les moments d'une unique partition visuelle grĂące aux travellings Ă  la camĂ©ra portĂ©e, aux fondus, aux jeux de clair-obscur, aux intermittences lumineuses, aux zooms rapides, aux dĂ©tails, aux coupes soudaines scandĂ©es par un montage chirurgical.

Vulnerare peut, enfin, ĂȘtre lu comme une installation unique. Et en ce sens, la prĂ©sence d'Illuminato lui-mĂȘme dans l'une des cours semble boucler la boucle. La silhouette de l'artiste, vue d'en haut, fixe une phrase — ou peut-ĂȘtre deux liĂ©es entre elles — que quelqu'un a Ă©crite sur le mur : « VulnĂ©rable donc vivant. L'art c'est aimer la rĂ©alitĂ© ».

La vulnĂ©rabilitĂ© reprĂ©sente une faiblesse en ce que l'homme peut ĂȘtre victime d'autres hommes, mais elle est aussi sa force, en tant que conscience d'ĂȘtre vivant mĂȘme dans la douleur. L'artiste aussi est vulnĂ©rable au moment oĂč il affronte le rĂ©el, en s'y immergeant.

La conscience que faire de l'art signifie inévitablement aimer la réalité n'est pas un postulat toujours valable. Elle ne l'est certainement pas pour ces artistes qui, à travers la création, cherchent à fuir la dimension dans laquelle ils vivent.

Mais dans ce cas, la tĂąche de celui qui fait de l'art est de raconter la condition humaine au sein de l'univers concentrationnaire, et ce qui reste de la dignitĂ© des personnes mĂȘme privĂ©es de leur libertĂ©.

La projection du court métrage VULNERARE représente un moment symbolique dans la vie du projet, lequel se développe sur plusieurs sites : IOSONOVULNERABILE a eu son incipit en janvier dernier à travers une résidence d'artiste dans les espaces abandonnés de l'ancienne prison pontificale de Velletri, pour arriver à Paris et se poursuivre en décembre prochain dans les salles du XVIIe siÚcle du Musée Historique de la Villa Altieri à Rome.

IOSONOVULNERABILE est un projet complexe dans lequel la vulnĂ©rabilitĂ© humaine — avec les peurs, les dĂ©faites et les faiblesses qui accompagnent l'expĂ©rience terrestre des individus — est racontĂ©e et, si l'on veut, exorcisĂ©e et transformĂ©e en Ă©motion Ă  travers diverses formes artistiques telles que la photographie, le cinĂ©ma, l'art chorĂ©graphique, le théùtre, la musique, la scĂ©nographie et l'Ă©dition.

L'importance du projet est soulignĂ©e par le Directeur de l'Institut Culturel Italien de Paris, Antonio Calbi, Ă  travers ces mots : « La culture est une occasion de formation et de croissance, et parfois aussi de lutte contre les injustices. Le premier pas pour y parvenir est d'accepter nos propres fragilitĂ©s — dans un monde qui continue d'exiger la perfection, nous choisissons d'exalter la vulnĂ©rabilitĂ©, la beautĂ© du geste simple et pur. »

VULNERARE : un court métrage matériel

Le premier opus de Sergio Mario Illuminato, d'une durĂ©e de peu plus de 13 minutes, se prĂ©sente dense de significations, lesquelles naissent pour la plupart de l'observation de la matiĂšre. TournĂ© Ă  l'intĂ©rieur de l'ancienne prison pontificale de Velletri — construite en 1860 et dĂ©saffectĂ©e depuis 1991, aujourd'hui sur le point de changer de destination — le film se prĂ©sente comme une sĂ©rie d'images, aussi bien en couleur qu'en un suggestif noir et blanc, dans lesquelles apparaĂźt le passĂ©, ou plutĂŽt les Ă©chos de multiples vies (souffrantes, s'agissant d'une prison) qui se sont exprimĂ©es et rĂ©primĂ©es dans ces lieux.

Grilles, barreaux, portes, treillis mĂ©talliques, dossiers empilĂ©s sur le sol, inscriptions sur les murs et couloirs sont les protagonistes du court mĂ©trage, mais pas seulement. Des moments performatifs intenses se retrouvent dans des actions chorĂ©graphiques qui Ă©voquent la corporĂ©itĂ© de l'humanitĂ© qui a sĂ©journĂ© dans ces lieux, ainsi que les ombres qui rappellent des sĂ©diments de vie, liĂ©s Ă  une mĂ©moire confuse qui transpire des murs Ă©caillĂ©s, oĂč la surface abĂźmĂ©e devient elle-mĂȘme signification.

La matiÚre comme expression de la réalité

Durant la projection de l'Ɠuvre audiovisuelle — enrichie d'une bande sonore « Ăąpre » rĂ©alisĂ©e par Andrea Moscianese — on a la sensation d'Ă©voquer des Ă©motions profondes non seulement par la vue, mais aussi par une perception presque tactile des images et des objets montrĂ©s.

Ouvrir ces dossiers poussiéreux et parcourir les noms de ceux qui ont vécu dans ces lieux dans la vulnérabilité du condamné incarne un désir ressenti par le spectateur. Chaque nom convoque un individu, une histoire, une vie marquée, souvent perdue dans le silence d'une histoire qui conserve davantage les vainqueurs que les vaincus.

Le court métrage ne cÚde ni aux dérives autoréférentielles ni aux langages visuels excluants, mais cherche un canal communicatif direct avec le présent, parlant de mémoire et de temps, et des lieux dans lesquels cette mémoire s'est déposée.

À propos de la sensation tactile Ă©voquĂ©e par le film, une inscription sur un mur retient l'attention : « Les coupures sur la peau ne sont pas une illusion, elles ne guĂ©rissent plus » — qui semble condenser l'impact de la rĂ©alitĂ© sur la vie des individus, laissant des marques indĂ©lĂ©biles.

L'art c'est aimer la réalité quelle qu'elle soit

Le titre du court mĂ©trage dĂ©rive du latin vulnus, blessure, offense, dommage. Dans le film d'Illuminato, ces blessures apparaissent irrĂ©parables : inscriptions sur les murs, noms dans les registres, traces qui survivent Ă  la durĂ©e de la peine et au sujet lui-mĂȘme.

Il ne s'agit pas seulement du passé, mais d'une mémoire encore active, qui se présente comme matiÚre vivante. Le film invite cependant à ne pas considérer le passé comme une distance, mais comme une expérience à actualiser dans le présent, en assumant la vulnérabilité comme condition essentielle du rapport au réel.

En ce sens, le geste artistique devient un acte d'exposition : montrer ses blessures, reconnaßtre sa fragilité, accepter l'impossibilité du contrÎle total.

Dans cette perspective s'inscrit également la référence finale aux mots de Pier Paolo Pasolini, qui évoquent un monde dans lequel il est possible d'échouer et de recommencer sans perdre sa dignité.

Il en rĂ©sulte un avertissement final qui traverse l'Ɠuvre entiĂšre : « vulnĂ©rable donc vivant, l'art c'est aimer la rĂ©alitĂ© ».

« iosonovulnerabile » est un projet au sens large « performatif », naturellement complexe car constituĂ© de nombreuses voies qui se rejoignent, par moments, entre elles. Ces nombreuses voies sont les Ɠuvres exposĂ©es, les rĂ©flexions de l'auteur qui les accompagnent, les rĂ©fĂ©rences au passĂ© et au prĂ©sent — TĂ pies, Kiefer, Parmiggiani — et non des moindres, le lieu d'exposition oĂč tout se produit et se rĂ©gĂ©nĂšre Ă  travers ceux qui parcourent l'espace de l'exposition.

Mais complexe aussi parce que conscient des limites fonctionnelles que possĂšdent les Ɠuvres en tant que langage symbolique par rapport Ă  la fluiditĂ© des processus qui nous concernent et nous impliquent. Les corps, a Ă©crit Jean-Luc Nancy dans Corpus, « sont toujours sur le point de partir, dans l'imminence d'un mouvement, d'une chute, d'un Ă©loignement... » — c'est-Ă -dire qu'ils ne sont pas des formes Ă  fixer comme des architectures stables, ni, au sens de la physique classique, des particules consistantes, mais des Ă©tats de mouvements potentiels et relatifs. En d'autres termes, les corps habitent et les lieux ressentent leurs habitants.

Le « dispositif » — terme qui revient souvent dans les rĂ©flexions de Sergio Mario Illuminato — est un mĂ©canisme fait, prĂ©cisĂ©ment, de plusieurs parties en relation les unes avec les autres, non pas tant dans un sens mĂ©caniste et donc formel, fruit de compositions et de mesures, mais des parties qui s'hybrident par continuitĂ©. Le dispositif, organisme complexe, est donc Ă  la base d'un sentir qui filtre entre les divers Ă©lĂ©ments : Ɠuvres et lieu. Tout est Ă©troitement connectĂ©, Ă  tel point que la pensĂ©e (peut-ĂȘtre faudrait-il dire l'esprit) qui circule entre les diffĂ©rents mĂ©dias (les tableaux, le texte, le lieu) est le vĂ©ritable dispositif sans forme dĂ©finitive — tout comme n'a pas de forme dĂ©finitive la vie dont le « corpus » et le « vulnus » sont la matiĂšre premiĂšre.

De cette relation naĂźt l'idĂ©e de parcours expositif, ainsi que du parcours de la pensĂ©e qui le prĂ©cĂšde et l'habite. Que « un bon peintre est intĂ©rieurement plein de figures » Ă©tait une rĂ©flexion d'Albrecht DĂŒrer, reprise par Salvatore Settis comme exergue pour l'un de ses textes dans le catalogue d'Anselm Kiefer pour l'exposition au Palazzo Ducale Ă  Venise en 2022. Kiefer a Ă©galement soutenu qu'il pense par images, aidĂ© par la poĂ©sie.

En tentant de dissiper quelque peu les nuages inhĂ©rents aux mĂ©taphores : faire converger des mĂ©dias diffĂ©rents est typique de la nature post-mĂ©diale du sentir contemporain, mĂȘme lorsqu'il s'agit de peinture-peinture, comme dans le cas du Corpus et Vulnus de « iosonovulnerabile ». Une peinture, cependant, qui a besoin de se nourrir au-delĂ  du cadre de la composition, en habitant un lieu fort, site-sensitive, comme l'ancienne Prison Pontificale de Velletri, pour mettre « au centre la condition extrĂȘmement fragile de la rĂ©alitĂ© humaine », Ă©crit l'auteur ; donnant forme Ă  une pensĂ©e-matrice de processus, comme celle de Nancy, pour engager enfin un dialogue rĂ©gĂ©nĂ©rateur qui s'amorce au moment de l'exposition.

C'est pourquoi l'on peut Ă©galement parler d'une sensibilitĂ© « performative » au-delĂ  de la grammaire trop Ă©troite des langages, car les Ɠuvres elles aussi peuvent fonctionner comme des performers dans un champ de relations qu'elles activent. Nous avons Ă©tĂ© habituĂ©s Ă  introjecter la peinture comme une rĂ©alitĂ© sacrĂ©e insondable et autosuffisante, Ă  regarder de loin, comme si c'Ă©tait une Ăźle oĂč l'on ne peut dĂ©barquer. Alors que « voir peindre — soutient William J.T. Mitchell dans son Pictorial Turn — c'est voir toucher, voir les gestes de l'artiste ; voilĂ  pourquoi — en dĂ©duisait Mitchell — il est si rigoureusement interdit de toucher les toiles ».

Travailler sur l'exposition, en revanche, comme si c'était un récit également biographique qui révÚle la position de l'auteur dans un champ problématique de relations, est une façon de dévoiler le travail en en faisant sentir le processus et donc la vitalité. Les médias visuels n'existent pas, a encore soutenu Mitchell, souhaitant argumenter qu'il n'existe pas de médias « purs », puisque nos sens ne peuvent agir de maniÚre autonome, nous étant à l'intérieur d'un corps-organisme.

Le Corpus et Vulnus de « iosonovulnerabile » forment un organisme sentient et communicant dont les signes ne sont certes pas des illustrations abstraites de concepts, mais des concepts-matrices eux-mĂȘmes, en tant que parties constitutives d'un organisme vivant et prolifĂ©rant.

Prof. Franco Speroni, écrivain, historien et critique d'art, enseignant d'histoire de l'art contemporain et d'histoire et méthodologie de la critique d'art à l'Accademia di Belle Arti de Rome.

Moi aussi, en errant, j'ai compris. En échouant, j'ai trouvé les mots. J'ai fait un pas en arriÚre et, dans cette condition de mince évidence, de mystÚre et de beauté, je peux vous raconter, maintenant, de la naissance et du cours changeant, je peux narrer une 'histoire d'amour' qui contient et conserve le secret du nom propre et apparaßt dans sa dimension sans équivoque de corps et de peau.

Les 'Organismes Artistiques Communicants' de Sergio Mario Illuminato surgissent à la vie dans une relation de réciprocité déclarée qui prend les apparences d'un processus d'antagonisme réitéré.

C'est un dialogue Ă©mouvant, une confrontation sans dĂ©fenses, une danse dĂ©sarmĂ©e : entre l'artiste et le prolongement de son bras, dĂ©rivation essentielle de sa consistance, continuum entre l'ĂȘtre de facture humaine et le monde — un tissu de visions, de souffles, de dĂ©sirs.

Au moment de l'origine, en émettant le premier vagissement, chaque pigment, chaque petite portion de matiÚre subit l'existence biologique, ajoutée et soustraite par la forteresse créatrice de celui qui l'a de tout temps pensée, voulue, aimée.

Mais en ce mĂȘme instant elle s'Ă©lĂšve de la terre, dĂ©couvre son autonomie innĂ©e, contraint son artisan Ă  la reddition. Ce n'est pas un combat inĂ©gal et l'artiste, prĂ©figurant les Ă©vĂ©nements Ă  venir, se retire, admet son errance, pĂ©trit l'Ă©chec avec les couleurs, avec les filaments, avec les substances, incapable d'Ă©chapper Ă  ce qu'il a toujours su.

Chaque Ă©lĂ©ment devient corps, peau, organe : en lui tout se dĂ©tĂ©riore, tout dĂ©cline, tout se dĂ©compose, tout se reconstruit et se rĂ©gĂ©nĂšre, tout se renouvelle au passage du soleil et de la poussiĂšre, du vent et des pluies, de l'air lui-mĂȘme dans sa composition d'azote, d'oxygĂšne, d'argon, de dioxyde de carbone et de ces autres Ă©lĂ©ments microscopiques qui prennent la conformation de mers, de territoires, des activitĂ©s multiples Ă  la surface.

Chaque Organisme reconnaĂźt sa qualitĂ© constitutive, un 'Tissu-Trame-Cosmique' qui respire l'essence fragile de ce qu'il rĂ©alise : il se dĂ©couvre dispositif culturel de l'ĂȘtre nature, mĂ©canisme de communication avec quiconque souhaite l'effleurer, l'observer, le toucher.

Il se mĂ©tamorphose en lieu de vĂ©ritĂ© et s'approche du monde souterrain du sublime, de l'esprit Ă©ternel qui sous-tend les Ăšres. DĂ©pouillĂ© de la simple valeur esthĂ©tique, il prend conscience de sa solitude intime en supprimant les distances, en parvenant aux silences et aux narrations, en faisant place Ă  tout ce qui n'est pas lui-mĂȘme, qui se distingue de lui.

Il devient rĂȘve du commun et trace des futurs possibles, re-crĂ©ant, re-parant, re-naissant, Ă©mergeant du prĂ©sent, de l'hic et nunc, dans une volontĂ© dĂ©sespĂ©rĂ©e qui illumine notre misĂšre.

Les 'Organismes Artistiques Communicants' nous obligent à regarder, tout en murmurant notre éphémÚre liberté : ils imposent de revenir à la mémoire, aux ruines de nos petites ùmes, contenant en eux les temps désespérés de nos vies et de nos fragiles communautés.

Ils dévoilent l'amour-l'aimer-l'aimé de chaque phase singuliÚre du devenir, et parlent des réalités friables, vulnérables que nous expérimentons dans un cycle continu de commencement et de fin.

Dans chacune de leurs présences manifestes, ils cÚdent la place à d'autres images, à d'autres figures, actions, voix ; ils s'enracinent dans l'espace, s'en imprÚgnent, se conforment aux paysages, en capturent les empreintes, les figent seulement un instant dans des moments de sécurité, pour en restituer ensuite les transformations imprévues, les représentations, les figurations.

Et nous, spect-acteurs, co-crĂ©ateurs avec l'Ɠuvre et avec l'artiste, devenons partie du mĂȘme jeu de forces, et dans l'Ă©change symbiotique de peau — interface interactive de tensions et de perceptions — nous revenons Ă  ce jour oubliĂ© oĂč, faisant nos premiers pas, chaque chute est redĂ©couverte de nouvelles connaissances et de conquĂȘtes inĂ©dites.

Nous rĂ©-apprenons Ă  voir, Ă  sentir, Ă  tendre, Ă  entrelacer, Ă  porter des mots — Ă©tranges et incommensurables, loin d'ĂȘtre perfectibles : ils perdurent et se perpĂ©tuent, sans crainte d'ĂȘtre des questions d'amour.

Le temps et l'espace sont le domaine dans lequel se déroule la vie ; à la fois possibilité et limite.

Nous avons toujours cherchĂ© — ou imaginĂ© — un moyen d'Ă©viter de rester confinĂ©s dans cet espace assignĂ©, dans ce temps limitĂ© ; mais nous dĂ©sirons aussi une cage dans laquelle nous abriter du mal du monde, une protection contre le risque de ne plus exister.

Souvent ces enclos, ces limites ont une forme carrĂ©e ; cela nous paraĂźt plus simple, plus efficace — dans le carrĂ© nous nous rassurons d'une certaine façon. C'est peut-ĂȘtre pour cela que les Ɠuvres d'art ont souvent pris cette forme, clĂŽturant et dĂ©finissant un espace Ă  l'intĂ©rieur duquel exprimer la condition de ceux qui, comme nous — dĂ©jĂ  esclaves du temps — cherchent par cette voie Ă  utiliser l'espace Ă  leur avantage.

C'est ce que met en Ɠuvre Sergio Mario Illuminato, qui dans cet espace conquis de VULNERARE opĂšre une transformation alchimique en utilisant le monde matĂ©riel — pierres, couleurs, plantes, objets et surtout le feu — pour parvenir avec l'« Opus ad Rubeum » Ă  l'objectif idĂ©al de l'alchimie, la fin ultime de ceux qui poursuivaient le dĂ©passement des limites de la vie : l'Ă©ternitĂ©, l'immortalitĂ©. Cette annulation du temps que le mythe associe au fait de dormir — et surtout de rĂȘver — sur les sĂ©pulcres de ses ancĂȘtres, ce qui permettrait par cette voie de communiquer avec eux. Et cela encore davantage durant le solstice d'Ă©tĂ©, lorsque le soleil ne dessine plus d'ombres sur le monde ; puisque le temps est prĂ©cisĂ©ment tĂ©moignĂ© et rendu visible par les ombres, il se produit ainsi une stase du temps, et l'annulation de la distance entre ceux qui ont Ă©tĂ© prĂ©sents dans le passĂ© et ceux qui le sont aujourd'hui.

C'est aussi Ă  la base de la fascination que les ruines exercent sur nous (beaucoup d'Ɠuvres de Sergio Mario Illuminato sont des ruines du prĂ©sent, des vestiges actuels dĂ©libĂ©rĂ©ment recherchĂ©s) : la perception de prĂ©sence, le fait de pouvoir toucher, entrer en contact avec quelque chose qui a vu un temps distant d'aujourd'hui mais existe encore, avec nous.

Le prĂ©sent du passĂ© qui arrive Ă  toucher le prĂ©sent du prĂ©sent, annulant ainsi le temps qui s'Ă©tait interposĂ© entre les deux, et donnant ainsi une concrĂ©tude Ă  un dĂ©sir fondamental de l'ĂȘtre humain.

Le temps et l'espace sont le domaine dans lequel se déroule la vie ; à la fois possibilité et limite.

Nous avons toujours cherchĂ© — ou imaginĂ© — un moyen d'Ă©viter de rester confinĂ©s dans cet espace assignĂ©, dans ce temps limitĂ© ; mais nous dĂ©sirons aussi une cage dans laquelle nous abriter du mal du monde, une protection contre le risque de ne plus exister.

Souvent ces enclos, ces limites ont une forme carrĂ©e ; cela nous paraĂźt plus simple, plus efficace — dans le carrĂ© nous nous rassurons d'une certaine façon. C'est peut-ĂȘtre pour cela que les Ɠuvres d'art ont souvent pris cette forme, clĂŽturant et dĂ©finissant un espace Ă  l'intĂ©rieur duquel exprimer la condition de ceux qui, comme nous — dĂ©jĂ  esclaves du temps — cherchent par cette voie Ă  utiliser l'espace Ă  leur avantage.

C'est ce que met en Ɠuvre Sergio Mario Illuminato, qui dans cet espace conquis de VULNERARE opĂšre une transformation alchimique en utilisant le monde matĂ©riel — pierres, couleurs, plantes, objets et surtout le feu — pour parvenir avec l'« Opus ad Rubeum » Ă  l'objectif idĂ©al de l'alchimie, la fin ultime de ceux qui poursuivaient le dĂ©passement des limites de la vie : l'Ă©ternitĂ©, l'immortalitĂ©. Cette annulation du temps que le mythe associe au fait de dormir — et surtout de rĂȘver — sur les sĂ©pulcres de ses ancĂȘtres, ce qui permettrait par cette voie de communiquer avec eux. Et cela encore davantage durant le solstice d'Ă©tĂ©, lorsque le soleil ne dessine plus d'ombres sur le monde ; puisque le temps est prĂ©cisĂ©ment tĂ©moignĂ© et rendu visible par les ombres, il se produit ainsi une stase du temps, et l'annulation de la distance entre ceux qui ont Ă©tĂ© prĂ©sents dans le passĂ© et ceux qui le sont aujourd'hui.

Et puis Ă  nouveau l'Ă©criture, cachĂ©e cette fois dans les anciens dossiers abandonnĂ©s, dĂ©sormais inutiles, de procĂšs passĂ©s, de condamnations conclues avec la fin du temps dans lequel elles furent prononcĂ©es ; mais ce ne sont pas des pages — ce sont des vies d'hommes qui, par ces sentences, furent reclus pendant des annĂ©es, parfois pour toujours, dans un cadre immobile de pierre construit autour d'eux et de leurs Ăąmes.

Nous voyons le dispositif 'Divieto di Fissione' de Sergio Mario Illuminato — fendu, abĂźmĂ©, blessĂ©, une ruine fascinante dans son ĂȘtre lĂ  pour tĂ©moigner de l'incertitude, de l'incroyable et inĂ©luctable imperfection de la vie. Mais aussitĂŽt l'image d'un ĂȘtre humain qui dessine avec ses membres les contours d'un espace vivable, cherchant Ă  donner un sens Ă  un lieu qui n'en a pas. C'est peut-ĂȘtre ce que nous faisons tous un peu, en nous dĂ©plaçant dans notre prison non apparente, vers quelque chose qui nous fasse nous sentir vraiment vivants.

Et dans un autre dispositif, 'Collisione', voici un terrain sillonnĂ©, incisĂ©, dont les fractures infinies suggĂšrent aussi l'idĂ©e de quelque chose de fertile, potentiellement crĂ©ateur de vie — un peu comme il advient avec les sillons dans un champ.

Ensuite, des milliers de feuilles qui sont des personnes — des feuilles comme des ruines restĂ©es pour tĂ©moigner de l'absence de ceux qui ont vĂ©cu reclus dans le prĂ©sent d'un temps passĂ©.

Apparaissent encore d'autres inscriptions, des noms griffĂ©s — les noms sont des personnes — sur les murs, et dans les Ɠuvres de Sergio Mario Illuminato.

L'une d'elles est enduit et couleurs Ă©tendus sur une cage qui est Ă  la fois barreaux, clĂŽture et support, soutien. Et puis encore du papier brĂ»lĂ©, dĂ©truit par le feu, transformĂ© par le feu — un PhĂ©nix qui cherche une rĂ©surrection de ses propres cendres, comme s'il Ă©tait nĂ©cessaire — pour vraiment vivre — de dĂ©truire d'abord par le feu la rĂ©alitĂ© apparente. Comme s'il fallait nĂ©cessairement traverser ce rouge, la chaleur destructrice des alchimistes, vers la transformation dĂ©finitive, le Vrai.

Encore un carrĂ©, 'Le Quattro Stagioni del Presente' — un de plus, qui cette fois se multiplie en quatre champs carrĂ©s tout en Ă©tant simultanĂ©ment une fenĂȘtre. Car un carrĂ© peut ĂȘtre Ă  la fois une limite et une ouverture. Et une croix ; devant laquelle (ou peut-ĂȘtre dans laquelle) dansent des corps qui deviennent des croix, ouvrant les bras. Des corps qui sautent, cherchant un espace, une vie possibles, ensemble ; ils sont deux, ils s'aident, s'embrassent, se regardent, s'aiment, et dans leur ĂȘtre ensemble la douleur fond et tombe. Une danse qui est une sortie possible, un salut Ă  atteindre ensemble, en surmontant les limites de l'Ă©goĂŻsme et de l'isolement, vers le dĂ©sir d'une union d'amour qui peut nous sauver, qui doit le faire.

Ils dansent devant un carré, dans une piÚce fermée, tentant de donner forme et sens au temps et à l'espace.

Et qui sait si ce couple dansant, cet « Un plus Un » ne parvient pas à donner vie à quelque chose de nouveau, d'inédit, à un « Trois » qui n'existait pas auparavant et dont nous ressentons tant le besoin dans notre parcours de prisonniers ; nous avons besoin de ce « Trois » qui ne peut naßtre qu'en le cherchant vraiment, mais à deux, et non seuls.

CrĂ©er le « Trois » peut enfin et vĂ©ritablement nous permettre de sortir de la cage du temps et de l'espace. Un « Trois » qui est notre vivre, parler, chanter, danser, jouer de la musique — mais ensemble ; qui est notre courir, nous aimer, nous sourire, nous regarder, nous embrasser mĂȘme avec une croix derriĂšre nous, et c'est notre possible salut. Un salut qui est vraiment tel non parce qu'il Ă©chappe au temps ou Ă  l'espace, mais parce qu'il les interprĂšte, les utilise ; et c'est ce qui se produit dans l'Ɠuvre de Sergio Mario Illuminato.

L'image finale du film est la cour carrĂ©e (le cadre) de la prison — espace et limite pour les nombreux qui — dans le prĂ©sent d'un passĂ© lointain — l'ont habitĂ©e durant cette unique heure oĂč ils pouvaient tenter de redonner Ă  leur existence l'espace du ciel. Cet espace infini au-dessus de soi qui est la seule — mais fondamentale — diffĂ©rence entre une cour et une piĂšce. Ce ciel capable de nous faire sentir (ou croire — mais cela fait-il vraiment une diffĂ©rence ?) que nous aurons d'autre espace, d'autre temps, que tout n'est pas destinĂ© Ă  disparaĂźtre.

Un ciel devant les yeux, Ă  transfĂ©rer dans le cƓur ; Ă  conserver pour quand la vie nous semblera une prison sans issue, un temps conclu.

Et c'est sous ce ciel conquis au regard que notre ĂȘtre vulnĂ©rables, nos blessures, deviennent un tĂ©moignage de vie possible, comme le proclame l'inscription qui apparaĂźt sur le mur Ă  la fin du film : « vulnĂ©rable donc vivant, l'art c'est aimer la rĂ©alitĂ© ».

Peut-ĂȘtre qu'aimer la rĂ©alitĂ© est vraiment un art ; et l'Art l'unique façon, notre seule possibilitĂ© de regarder vraiment la rĂ©alitĂ© — et nous-mĂȘmes — dans les yeux.

Sergio Mario Illuminato a été l'un de mes élÚves à l'Accademia di Belle Arti de Rome, juste avant que la pandémie n'éclate et pendant le confinement.

Avant de pratiquer l'art, il a voyagé sur une voie culturelle parallÚle qui lui a permis de rester constamment en phase avec le débat artistique contemporain, étudiant et assimilant une grande partie de ce qui se discutait sur la scÚne internationale.

En observateur attentif, il a affiné sa pensée critique, clarifiant par une introspection analytique les raisons de son ressenti, et faisant des choix trÚs précis dans le panorama varié et vaste de l'art contemporain.

Il a identifié d'emblée ses maßtres et références dans des artistes tels qu'Antoni Tàpies, Anselm Kiefer et Claudio Parmiggiani, et a nourri sa connaissance d'apports théoriques et philosophiques d'érudits et de maßtres-à-penser tels que Martin Heidegger, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Gianni Vattimo, Maurice Merleau-Ponty, et d'autres encore.

C'est autour de ces rĂ©fĂ©rences que son langage a pris forme et s'est dĂ©veloppĂ© — un langage qui tient compte de ce qui s'est dĂ©jĂ  produit dans l'histoire rĂ©cente de l'art, tout en traçant un parcours dotĂ© d'une physionomie qui lui est propre et reconnaissable.

C'est une poétique, la sienne, qui se nourrit des données et des signes du temps et de l'existence : un lien direct entre art et vie, dont il saisit par instants non seulement l'énergie et l'exubérante vitalité, mais aussi son agonie douloureuse, sa précarité et sa fragilité.

Ce n'est pas un hasard si Sergio Mario Illuminato tourne son attention vers des lieux qui accueillent le malaise et la souffrance — ce qu'il appelle lui-mĂȘme des cathĂ©drales contemporaines de la vulnĂ©rabilitĂ© : prisons, asiles psychiatriques, hĂŽpitaux, embarcations de migrants...

Et en effet son projet expositif Corpus-et-Vulnus s'inaugure précisément dans les salles de l'ancienne prison du Castello à Velletri.

Sergio Mario Illuminato a immĂ©diatement saisi la valeur sĂ©mantique et la fascination inquiĂ©tante et controversĂ©e de cet imposant Ă©difice — aujourd'hui abandonnĂ© et en dĂ©crĂ©pitude — oĂč se trouvent Ă©parpillĂ©s, chaotiques et empilĂ©s de nombreux dossiers d'archives du tribunal. Des vies effacĂ©es, dispersĂ©es et annulĂ©es, des traces d'existence humaine, d'une indicible dĂ©sespĂ©rance transcrites dans des dossiers en ruine.

C'est dans ce contexte que le sens de son travail se clarifie mieux, mettant en étroite harmonie esthétique et éthique.

Rien de dĂ©coratif ni d'esthĂ©tisant dans ces Ɠuvres, mais aussi aucune complaisance ni clin d'Ɠil idĂ©ologique. Aucune tentation narrativo-journalistique et aucune volontĂ© de reprĂ©sentation symbolique — plutĂŽt un vivre la peinture dans son langage Ă©lĂ©mentaire, primaire et originel : forme, lumiĂšre, couleur, matiĂšre, obĂ©issant aux raisons spĂ©cifiques et propres de la peinture en soi, dĂ©pourvue de formalismes inutiles et d'attitudes mentales de rhĂ©torique et d'engagement prĂ©textuel.

Il renoue avec ces rĂ©fĂ©rences dĂ©sormais historiques de l'informel, et Ă  l'intĂ©rieur de ce territoire — cette phĂ©nomĂ©nologie introspective et mĂ©ditative — il a entrepris son voyage pictural, riche en Ă©vĂ©nements imprĂ©visibles et Ă  l'Ă©coute des raisons profondes de l'ĂȘtre humain.

Et cette écoute est enregistrée et imprimée dans les trames et sédimentation de cette peinture qui, sans faux-semblants ni préméditation, surprend par ses aboutissements poétiques et son sens de l'aventure.

Prof. Giuseppe Modica, peintre et enseignant de peinture Ă  l'Accademia di Belle Arti de Rome

Nous sommes tous des Ă©tudiants. MĂȘme celui qui est dĂ©sormais professeur, s'il prend au sĂ©rieux sa propre condition et son rĂŽle, est un Ă©tudiant. On n'en finit jamais d'apprendre et on ne peut jamais se contenter du peu ou du beaucoup que l'on sait ou que l'on croit savoir.

C'est pourquoi je me suis permis d'intituler cette rĂ©flexion sur l'Ɠuvre de Sergio Mario Illuminato d'une maniĂšre seulement en apparence provocatrice.

Techniquement, Sergio Mario Illuminato a Ă©tĂ© l'un de mes Ă©tudiants, mais mes Ă©tudiants sont mes enseignants, car c'est d'eux que j'apprends Ă  comprendre comment mieux raconter le peu que je sais. Non pas enseigner — raconter. On ne peut guĂšre enseigner quoi que ce soit, et Socrate l'a expliquĂ© Ă  tous : pour savoir quelque chose, n'importe quoi, il faut regarder en soi et y chercher ce que nous semblons voir hors de nous. Si nous ne devions pas le trouver, nous ne serons jamais capables de l'apprendre.

Saint Augustin l'a Ă©crit en toutes lettres dans le De vera religione : Noli foras ire, in teipsum redi, in interiore homine habitat Veritas (XXXIX). Ainsi, nous apprenons les uns des autres Ă  nous regarder en nous-mĂȘmes.

Sergio Mario Illuminato — dont le nom de famille ne semble pas ĂȘtre le fruit du hasard (nomen omen, c'est-Ă -dire « un nom, un destin ») — a interprĂ©tĂ© cette maxime en en faisant une mĂ©thode de lecture de nous-mĂȘmes et de la rĂ©alitĂ©, ainsi qu'un mouvement artistique : car, en nous regardant en nous-mĂȘmes, nous ne pouvons que constater que nous sommes fragiles.

Il a commencĂ© avec sa thĂšse de fin d'Ă©tudes, intitulĂ©e Corpus et Vulnus, puis a continuĂ© avec des expositions et diverses initiatives, toujours dans le sillage de Duchamp — comme Vulnerar(t)e, un parcours jamais clos ni Ă  clore, car il correspond Ă  la vie elle-mĂȘme.

La derniĂšre initiative en date s'est tenue Ă  l'ancienne Prison Pontificale de Velletri — un espace de plus de mille mĂštres carrĂ©s construit en 1861 par la famille Romani, aujourd'hui abandonnĂ© — mise en Ɠuvre par un groupe d'Ă©tudiants, de techniciens en peinture et sculpture de l'Accademia di Belle Arti de Rome, ainsi que par des enseignants et des professionnels de la photographie, du cinĂ©ma, de la danse et de la musique.

En est né le projet transdisciplinaire 'iosonovulnerabile' qui, dÚs son titre, porte une double valeur : une référence à la fois au complexe architectural et à tous ceux qui le sortiront de l'oubli en y ajoutant leur propre fragilité à la sienne.

En effet, le fragment, la mĂ©moire, la synesthĂ©sie, le double territoire extĂ©rieur et intĂ©rieur, la mĂ©tamorphose et l'alchimie — tels sont les ingrĂ©dients de l'art de Sergio Mario Illuminato qui, tel un nouveau Voyageur au-dessus de la mer de brouillard, s'arrĂȘte au seuil de sa propre Ăąme pour transformer la rĂ©alitĂ© environnante en la matiĂšre incandescente de ses toiles.

La formation artistique contemporaine ne peut plus se limiter à la simple acquisition de compétences techniques ; elle doit également inclure la capacité d'interagir avec un monde mondialisé et en mutation constante.

Dans ce contexte, l'Accademia di Belle Arti a pour mission de préparer les étudiants à devenir aussi des citoyens du monde, capables d'utiliser l'art comme moyen d'expression, de communication et de transformation sociale.

La participation au projet 'iosonovulnerabile' s'inscrit dans cette recherche intensive et personnelle, visant à élargir l'horizon culturel et créatif des étudiants en sculpture, en stimulant une réflexion profonde sur le rÎle de l'art dans la société contemporaine.

Andrea Emo soutenait que l'art est la transformation d'une sensibilitĂ© en une activitĂ© — transformation mystĂ©rieuse, qui est l'essence mĂȘme de la pensĂ©e. L'art comme conscience de l'action.

La sculpture intitulée 'Jonchets, o Sciangai', réalisée par le groupe de jeunes artistes de l'Accademia di Belle Arti de Rome, représente un exemple emblématique de ce processus visant à transformer l'action en conscience.

Dans cette action-conscience rĂ©side tout son dĂ©veloppement ĂȘtre-ne pas ĂȘtre : 41 bĂątonnets qui, en rapport dialectique et synergique avec les autres dispositifs artistiques placĂ©s dans la « forme et l'espace » du jardin-laboratoire et en prĂ©sence du majestueux colonnade conçu par l'architecte italien Luigi Moretti en 1953, rendent reconnaissable et distinctif l'intuition de l'artiste — l'intuition du prĂ©sent : ne pas se rendre face Ă  la complexitĂ© du monde.

À travers la recherche artistique promue par Sergio Mario Illuminato, les Ă©tudiants sont immergĂ©s dans un processus dynamique et intĂ©grĂ© qui fonctionne comme instrument de dialogue et d'intĂ©gration avec une variĂ©tĂ© de langages crĂ©atifs, impliquant les institutions de soutien au projet et abordant des thĂ©matiques critiques et interculturelles.

L'importance de la recherche transdisciplinaire Ă  but non lucratif de 'iosonovulnerabile' rĂ©side dans sa capacitĂ© Ă  dĂ©passer les frontiĂšres nationales et Ă  abattre les barriĂšres entre le spectateur et l'Ɠuvre d'art, permettant ainsi de construire, depuis l'Italie, une communautĂ© artistique internationale capable d'explorer les dĂ©fis du monde de l'art contemporain.

Le musĂ©e archĂ©ologique est nĂ© dans le contexte d'un projet plus large de rĂ©cupĂ©ration et de requalification fonctionnelle de la Villa Altieri du XVIIe siĂšcle, lancĂ© par la Province de Rome — aujourd'hui Ville mĂ©tropolitaine de Rome Capitale — Ă  partir de 2010, et visant la constitution du « Palais de la Culture et de la MĂ©moire Historique ».

Par ce projet de restauration ambitieux, l'intention Ă©tait d'instituer un pĂŽle culturel polyfonctionnel, destinĂ© Ă  accueillir la majoritĂ© des services culturels de l'institution : de la collection historique des Altieri, rassemblĂ©e dans le rez-de-chaussĂ©e musĂ©ifiĂ© Ă  cet effet — oĂč se trouvent Ă©galement les salles d'expositions temporaires — Ă  la BibliothĂšque institutionnelle et aux Archives Historiques, organismes vivants situĂ©s au deuxiĂšme Ă©tage de la structure.

La grande salle de conférences pour les événements culturels a quant à elle été aménagée dans la Galerie du piano nobile, dont l'accÚs en façade est mis en valeur par le magnifique escalier à double volée semi-circulaire réalisé par Giovanni Antonio De Rossi, architecte de la maison Altieri, écrin de la fontaine des Tritons et des Dauphins.

Depuis 2018, date d'ouverture au public de cette nouvelle rĂ©alitĂ© musĂ©ale, plusieurs milliers de visiteurs ont pu parcourir la partie musĂ©ifiĂ©e de la Villa, oĂč est exposĂ© ce qui reste de l'ancienne collection archĂ©ologique familiale, accompagnĂ© d'une prĂ©sentation du contexte archĂ©ologique de gisement.

Un Ă©lĂ©ment d'intĂ©rĂȘt particulier est la surĂ©lĂ©vation vitrĂ©e de la Loggia, qui permet de voir le pavage original en galets de basalte et les vestiges des structures sous-jacentes d'Ă©poque romaine.

Un ambitieux projet pédagogique prévoit en outre des services multimédias accessibles sur place et des cycles de visites guidées spécialisées sur réservation, conçues comme un itinéraire gratuit entre diachronies et synchronies, des événements de la protohistoire du site jusqu'à nos jours.

Récemment, la Villa a accueilli de nombreuses expositions temporaires, dans la direction d'une symbiose entre art classique et art contemporain.

Histoire de la Villa Altieri

L'ancienne villa suburbaine de la famille Altieri — dont subsistent aujourd'hui le noble Casino delle delizie et une portion du jardin — fut Ă©difiĂ©e dans les premiĂšres annĂ©es 1670, au moment du plus grand rayonnement de la dynastie romaine, lorsqu'Emilio Bonaventura Altieri devint pape sous le nom de ClĂ©ment X (1670–1676).

Édifice de reprĂ©sentation et de villĂ©giature pour la famille, la Villa connut une pĂ©riode de prestige entre les XVIIe et XVIIIe siĂšcles et fut une destination du Grand Tour. Les visiteurs pouvaient admirer les jardins avec fontaines, jeux d'eau et le grand labyrinthe circulaire de haies de buis.

AliĂ©nĂ©e en 1858, la Villa entra dans une nouvelle phase lorsqu'elle passa Ă  Mgr Federico Francesco Saverio de Merode, qui en modifia profondĂ©ment la fonction, la transformant en bagne fĂ©minin de Rome (1872–1897).

La structure, destinée à accueillir des détenues, traversa une période d'épreuves et d'expérimentations réhabilitatives, mais demeura marquée par une condition de profonde inadéquation par rapport à sa fonction originelle.

Elle fut ensuite transformée en pensionnat pour jeunes filles puis en établissement scolaire, conservant une fonction éducative jusqu'en 2010, lorsque le complexe fut rendu à l'utilité publique par une intervention de requalification.

Art contemporain et mémoire historique

À une Ă©poque oĂč la contamination entre art classique et contemporain n'est plus vĂ©cue comme une provocation, s'affirme la nĂ©cessitĂ© de dĂ©passer les barriĂšres entre langages et pĂ©riodes historiques.

Le musée archéologique devient ainsi un lieu de relation dynamique entre mémoire ancienne et production artistique contemporaine, favorisant de nouvelles formes de lecture et de production culturelle.

Dans ce contexte, des initiatives comme Io sono Vulnerabile prennent une valeur spécifique, fondée sur la connexion entre espace expositif et thématique de la vulnérabilité.

Le projet met en relation deux « prisons » : celle pontificale de Velletri et la Villa Altieri elle-mĂȘme, qui conserve des traces de sa fonction dĂ©tentive originelle, crĂ©ant un dialogue entre contenant et contenu.

La vulnérabilité émerge ainsi comme expérience historique, condition humaine et paradigme de la mutabilité du temps, inscrit dans les lieux et leurs stratifications.

ROME, MAXXI - Musée national des arts du XXIe siÚcle

ROME, Musée Villa Altieri

PARIS, Institut culturel italien de Paris

VELLETRI, ancienne prison pontificale de Velletri

 

      LES ORGANISMES ARTISTIQUES COMMUNICANTS

 

SYNÉCHEIN (120×70) pastelli a cera su tela

Immagine 12 di 13

‘SynĂ©chein’ Ăš un dispositivo artistico che esplora l’idea di connessione e continuitĂ , temi che emergono dalla texture stratificata e dalla composizione fluida del quadro. La figura centrale, appena delineata, sembra evocare una presenza eterea, un’entitĂ  sospesa tra luce e ombra, tra definizione e dissolvimento. La forma, simile a una figura umana ma ambigua, Ăš avvolta in un’aura di colori tenui e sfumati che vanno dal blu profondo al giallo tenue, con tocchi di arancione e di grigio. Il titolo ‘SynĂ©chein’, che in greco significa “tenere insieme”, riflette l’essenza del dispositivo artistico, dove gli elementi visivi sembrano intrecciarsi e fondersi l’uno nell’altro. I colori e le trame non sono rigidamente separati, ma si amalgamano, creando un continuum visivo che rispecchia la complessitĂ  dell’esperienza umana e la natura dell’esistenza stessa: una costante tensione tra coesione e frammentazione. Questa figura indistinta, quasi in dissolvenza, potrebbe rappresentare lo spirito umano, un’essenza che cerca di mantenere una forma e un’identitĂ  nonostante la fluiditĂ  e la mutevolezza dell’ambiente circostante. È come se il dispositivo artistico catturasse un momento di transizione, un istante in cui qualcosa di definito sta per sfuggire o qualcosa di nuovo sta per emergere. ‘SynĂ©chein’ invita l’osservatore a riflettere sulla propria percezione della realtĂ , sfidando i confini tra il fisico e il metafisico, tra il visibile e l’invisibile. La trama intensa e la scelta cromatica delicata creano un’atmosfera contemplativa, dove lo sguardo si perde e si ritrova continuamente, simboleggiando il tentativo umano di comprendere e “tenere insieme” le parti frammentate della propria esistenza.

© 2019 Sergio Mario Illuminato. Tous droits réservés sur les textes et les images de la section [Arts Visuels].
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